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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 12:16

Un TEXTE édité dans le receuil-mutant de Mathias Richard, aux éditions Caméras Animales.

 

 

 

Matière molle, phénoménologie du tripotage et psycho-malléabilité...


"La physique de la matière molle décrit les propriétés des fluides complexes et des systèmes moléculaires organisés qui sont souvent intermédiaires entre celles des liquides et celles des solides." On parle de formes molles (et "polymères") comme des assemblages, qui au niveau moléculaire, semblent désorganisés, aléatoires, tandis que le matériau constitué est plus malléable. Un désordre structurel qui se révèle être une forme d'ordre plus complexe et dont le chaos-cohérent se manifeste, du point de vue de notre perception, en tant que mou.
Le mou est une entité qui semble dépourvue d'antonyme, généralement opposée malhabilement au dur ou au rigide, il se cale par défaut entre le liquide et le solide, se proposant à la fois poly- et a- morphe... S'il propose une retenue supérieure à la forme liquide, en s'étalant plutôt qu'il ne s'écoule, il suggère par là même, via sa viscosité, une capacité de résistance, de retenue.
Il développe par rapport au dur une capacité d'adaptation ; s'y pose en y moulant sa forme, l'emprunte en contre-moule afin de s'y "empreinter"... De mou en moule-support, il s'y im-pro-pose. Sans fusionner pour autant ; il se jouxte-pose, dans une isomorphie substantielle (sub : sous / stare : (se) tenir)... Une mou-stance tout en mouvance...
Le mou est absolument malléable... Il ne s'évalue que dynamiquement et dans son propre mouvement ; dans la transformation et la trituration de sa forme, et s'éprouve pleinement par l'activité tactile, menant en règle générale au tripotage maladif, au malaxage jubilatoire... Il occupe et rassure...
S'il s'oppose au rigide sans pour autant accéder à la notion de souplesse, le mou et le souple ont en commun la flexibilité ; on les nuancera notamment en intégrant la notion de pesanteur... Le souple semble tendre à une sorte de légèreté (quasi-folâtre, amnistiée de la notion de poids) tandis que le mou est plus enclin à subir les effets de la gravité. Flexible, donc, mais en adéquation parfaite avec son environnement, le mou présente ainsi une forme d'adaptation supérieure qui tend au confortable...
Et c'est sans doute pour cela, que du point de vue de l'assise existentielle, on préfère à la chaise le canapé, et au psychorigide sa version malléadaptable, comme une moelleuse épinière... S'y posant, au repos, dans une position toute en retenue, apaisée, tempérante, semi-coulante...
Du mou et de ses qualités formelles intrinsèques on retiendra donc que s'il faut sans doute être carré, il s'agit toutefois d'arrondir ses angles.

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